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Voilà !, c’est terminé, l’étape du tour 2014 est derrière nous et son cortège de souvenir aussi.
C’était un moment fort dans lequel la météo, très capricieuse, a joué un rôle important et aura marqué autant les corps que les esprits.
Nous sommes 7 venus de Gap, Bruno, Bernard, Thierry, Christian, Luigi, Elisabeth et moi, le trajet a été un peu long (725Km) mais nous arrivons à bon port le Vendredi soir et prenons nos quartiers à Pau dans l’Hôtel « Le postillon » dont la propriétaire est très sympathique et est aux petits soins pour nous.

L’avantage numéro un de cet hôtel est qu’il est situé sur la place ou aura lieu le départ de la course dimanche matin, c’est un plus indéniable dans notre organisation.
Après une nuit passée dans la moiteur Paloise, nous chargeons les vélos sur la remorque afin d’aller déposer le fourgon et la remorque à Argelès-Gazost qui sera le point de ralliement des participants à l’étape du tour.
Une fois le véhicule déposé, nous enfourchons nos vélos pour un petit décrassage de 56Km relativement plats afin de retourner à l’hôtel.
Une partie de notre samedi après-midi se passe au « village du tour », ou exposent les différents sponsors et dans laquelle nous croisons quelques merveilles comme ce vélo de marque trek d’un poids de 4.8Kg !
Depuis plusieurs jours notre attention est très orientée vers les prévisions météo, elles ne sont pas bonnes et je dois avouer que prendre le départ d’une telle course sous la pluie et les orages ne motive personne aussi sommes-nous plutôt heureux de voir les prévisions annoncer une probabilité de pluie très faible pour le lendemain matin.
Jour J, debout à 5H15 afin de prendre le petit déjeuner suffisamment avant le départ de la course qui aura lieu pour certains d’entre nous à 7H08 minutes et pour d’autres à 8h12mn, la raison en incombe à un départ organisé en 13 sas de 1000 coureurs lâchés 1000 par 1000 toutes les 8 minutes.
Je pars avec Luigi et Elisabeth dans le sas 6 à 7h48, Bruno et Bernard, qui étaient dans le sas 1, sont déjà loin, Thierry et Christian devront attendre 8h12 pour partir.
Dans une telle masse, il est presque impossible de ne pas perdre de vue ses amis aussi je me fais une raison et me concentre sur ma conduite et mon cardio-fréquencemètre afin de me conformer à ma feuille de route, en effet ne connaissant pas du tout les cols qui nous attendent j’avais décidé de partir sur un rythme prudent durant les deux premières heures jusqu’au pied du col du Tourmalet pour ne pas me « griller » avant les vraies difficultés.
Au grès des kilomètres qui s’écoulent et des centaines de cyclistes que je dépasse, je réalise que je vis quelque chose de particulier, pour concevoir ce que représente une file ininterrompue de cyclistes qui s’étale sur près de 55km il faut avoir vécu une étape du tour.
Ce sera une des images forte de cette journée, les autres restent à venir.
Ca y est, la pluie c’est invitée à Sainte Marie de Campan, au pied du col du Tourmalet, je ne mets pas ma veste anti pluie car j’aurais dès lors trop chaud, je supporte donc stoïquement la pluie et monte au rythme que j’avais décidé avant la course.
C’est en passant sous un pare avalanche qu’il me semble reconnaitre la respiration si caractéristique de Luigi quelque part derrière moi, quelques minutes plus tard j’entends quelqu’un m’interpeller « Alors, pas de jambe pas de chocolat? », c’était bien Luigi qui m’avait retrouvé, ne faisons le reste de du col ensemble, je suis heureux d’avoir retrouvé un compagnon.
Plus nous montons, plus la température descend, il pleut toujours, c’est dans les deux derniers kilomètre que je prends vraiment conscience de la vapeur d’eau qui s’échappe de ma bouche et qui annonce une descente que je pense alors revigorante.
Arrivé au col du Tourmalet, je m’arrête afin de remplir ma gourde, me restaurer rapidement et mettre ma veste, on m’annonce qu’il fait 4 degrés, Luigi décide de ne pas m’attendre, il pense que je vais le reprendre dans la descente.

Dès les premiers mètres je sais qu’il ne sera pas question d’attaquer dans la descente, au-delà de la pluie, c’est le froid qui réduit mes ardeurs, je suis transi et mes membres très contractés, au point de ne plus savoir si je serre bien mes freins, il me faut faire attention car mon guidon se met à louvoyer à cause de mes bras, raides comme des bouts de bois. Je force ma respiration pour essayer de mes détendre mais rien n’y fait.

Parfois, je croise un camion de sécurité qui vient au secours d’un concurrent qui a chuté mais aussi certains concurrents qui préfèrent remonter le Col pour abandonner plutôt que d’affronter ces conditions Dantesques. Pour ma part je ne sens plus mes pieds  et la base de mon cou me fait un mal de chien mais pas question de rendre les armes pour autant.

La température remonte peu à peu mais la route est toujours mouillée et mes membres tétanisés, je décide de faire un arrêt rapide au ravitaillement de Esquièze-Sère pour me décontracter les épaules, à peine me suis-je arrêter qu’un concurrent probablement un peu trop fatigué ou optimiste tombe à grande vitesse et glisse sur plusieurs mètres au milieu de la chaussée, je crois que j’ai bien fait de m’arrêter quelques minutes.

Enfin une partie roulante ou l’on peut pédaler, le sang circule à nouveau, les muscles tentent de se remettre en action, j’essaie de me réchauffer en dépensant de l’énergie et en produisant de la chaleur par la même occasion. Ça marche, je pars en chasse d’un groupe que j’ai aperçu au loin, je ne tarde pas à les reprendre et me fait moi-même reprendre par trois coureurs dont je regarde rapidement le numéro de dossard, le dossard du meneur est dans le sas 10, ils sont censés être partis 24 minutes après moi, ils roulent bien, je me mets avec eux, les relais s’organisent, nous menons bon train jusqu’au pied de la montée de Hautacam, à partir de maintenant, c’est chacun pour soi et dieu pour tous.

Au premier virage qui annonce pour de bon la montée vers la station de Hautacam, un début de crampe se fait sentir à l’intérieur de ma cuisse gauche, je prie pour que ça ne se développe pas car il me reste 14km et surtout près de 1100m de dénivelé positif à effectuer, je bois donc un maximum, m’étire debout sur mon vélo et mange à nouveau une barre.

Les conditions météo du Tourmalet ont entamé le physique, il me faudra monter à l’économie, impossible de faire le malin face à la pente qui ne se repose quasiment jamais, au mieux elle sera de 6% au pire de plus de 14%.

Comme beaucoup, je suis dans le dur, ma fréquence de pédalage est déplorable mais j’avance toujours en surveillant mon cardio-fréquencemètre, c’est ma ligne de vie et ma meilleur information concernant mon état. Au 7ème kilomètre je décide d’enlever ma veste de pluie et de recharger ma gourde au ravitaillement, on m’annonce qu’il reste environ 50 minutes avant d’arriver au bout, j’espère faire mieux car ce serait au-delà des estimations que j’avais pu envisager.

Certaines portions sont vraiment difficiles, j’y double les premières personnes qui préfèrent continuer momentanément à pied, il est vrai que les muscles ont été mis à rude épreuve avec le froid et la pluie, j’espère ne pas en arriver là.

Les kilomètres s’égrènent au grès des panneaux qui annoncent le pourcentage du prochain kilomètre, parfois j’ai des doutes sur la véracité de ce qui est affiché mais ça ne changera rien alors j’attends avec impatience le panneau suivant.

Je passe enfin sous l’arche annonçant le dernier kilomètre,  il est temps d’essayer de gagner quelques place, mais en suis-capable ? J’accélère peu à peu le rythme, je fais 2 ou 3 cents mètres quand un nouveau panneau annonce le dernier kilomètre, j’ai la sensation d’avoir été grugé mais ce n’est pas grave, 1 kilomètre c’est vite abattu surtout que le pourcentage s’adouci, je continu donc mon accélération et termine quasiment au sprint les 300 derniers mètres au grand dam de certains concurrents qui tentent de se mettre dans ma roue pour me reprendre, que m’importe je passe sous l’arche d’arrivée après 6h et 39mn d’effort pour affronter ces 148Km et 3600m de dénivelé positif, c’était dur mais c’était beau et quelle aventure !

Je tiens à remercier mes deux clubs, le CSLG (centre de loisir et sportif de la gendarmerie) pour la logistique mis à notre disposition et la sympathie de ses membres, le PJPC (Pas de jambes pas de chocolat) pour l’énergie déployée par Rémi Fabrègue à fédérer et organiser les activités cyclistes des jeunes et des moins jeunes à Gap.

DUCOURTIOUX Patrice du PJPC